English version
This was the first dream I ever remembered as a child, maybe eight or nine years old. It was so vivid and so exact that I was — and still am — convinced it was a memory from a past life. The trembling sound from the street below grew in degrees. Whistling, cries of excitement, children’s screams mixed with the music of the parade. A warm breeze blew steadily through the open windows of our top-floor apartment and past the place I was curled up, napping through the parade.
As consciousness overtook me, I breathed deep the smells of my home: dust, frying oil from a vendor nearby, and a sweetness that only this place held. I lay there for a while, eyes closed, relishing that perfect balance of conscious unconsciousness. Eventually, blinking my eyes open, I pulled my cheek — damp with perspiration — off the flowery plastic covering of the window seat. Below, the crowd oscillated, bulging as spectators moved here and there across the pathway of the procession. The stream of performers walking down the avenue swished their skirts, the musicians raising shining instruments to the blue, cloudless sky above.
I breathed in once more. I heard my name, a commotion at the door as my mother clambered up the stairs calling for me. Breathless, she appeared in the doorway, her smile stretching across her face in the infinite ecstasy of the day. “Mija, you’re missing all of the celebrating!”
My mother — the pinnacle, to me at that time, of beauty, elegance, and fashion — wore her favourite skirt. Turquoise blue, patterned on the inside so that when she danced the leaves of her skirt danced as well, making her the heart of a flower. Her face was a deep tan, shining with the almond oil she applied religiously at the end of each day. Her gold hoop earrings bounced alongside her graceful neck, jingling softly with each of her movements.
She crossed the room towards me. The mirrors to her right — which lined the makeshift dance studio my father had built for her during the honeymoon years of their marriage — flickered and bounced with her image as she made her way to me, manoeuvring past the grand piano on the other side of the room, a large white box held in her hands. My arms reached out instinctively to receive it, a giddy excitement rising in me.
“I got something for you” she beamed, running her hands across her head to pacify the curls that had escaped during her day of activity. My mind was still half in the dreams I had just left, and I clumsily began to open the box, finding delicate bright pink tissue paper inside. I looked up to her, grinning mischievously. “What did you get me, Mama?” Before she could respond, I pushed the paper away to reveal her present.
A skirt, just like hers, but bright orange — the colour of marigolds on a hot day, and the mango ice pop I would buy on my way home from school. Shiny, multicoloured beads lined the edges, and underneath, a flowery pattern of purple and blue. “Ah! Now we must dance together!” my mother cried, beaming as she shared in my delight.
I clambered down from my resting place, pulling the skirt with me. My mother held it up, wrapping it around the leanness of my hips and tying it just as she did her own — just as I had seen her do so many times as she readied herself for the day. I laughed, giggling as I spun around, the layers of the skirt rising with me and floating like waves as I swirled across the room. My mother clapped with appreciation, and began to spin as well. We spun — two flowers dancing with each other — the clamours of celebration ringing into the studio, that sweet smell of my home filling my mind.
Version française
C’est le premier rêve dont je me souvienne, enfant — j’avais peut-être huit ou neuf ans. Il était d’une telle netteté, d’une telle précision, que j’étais — et demeure — convaincue qu’il s’agissait du souvenir d’une vie antérieure.
La rumeur frémissante de la rue, en bas, enflait par paliers. Sifflets, cris d’enthousiasme, hurlements d’enfants se mêlaient à la musique du défilé. Une brise tiède soufflait sans relâche par les fenêtres ouvertes de notre appartement au dernier étage, et venait effleurer le coin où je m’étais lovée, somnolant au passage du cortège. À mesure que la conscience me reprenait, je respirais à pleins poumons les odeurs de chez moi : la poussière, l’huile de friture d’un marchand tout proche, et cette douceur qui n’appartenait qu’à ce lieu. Je restai ainsi un moment, paupières closes, à savourer ce parfait équilibre entre la veille et le sommeil. Puis, ouvrant les yeux, je décollai ma joue — moite de sueur — de la toile cirée à fleurs qui recouvrait la banquette de la fenêtre. En contrebas, la foule ondoyait, se gonflait par endroits au gré des spectateurs qui allaient et venaient le long du passage du cortège. Les danseurs descendaient l’avenue en faisant bruisser leurs jupes, tandis que les musiciens levaient leurs instruments rutilants vers le ciel bleu, sans un nuage. J’inspirai encore une fois.
Mon prénom me parvint, un remue-ménage à la porte : ma mère gravissait l’escalier en m’appelant. Hors d’haleine, elle parut sur le seuil, un sourire éclairant tout son visage, comme prise dans l’extase infinie de la journée.
— Mija, tu manques toute la fête !
Ma mère — sommet, à mes yeux d’alors, de toute beauté, de toute élégance, de tout chic — portait sa jupe préférée. D’un bleu turquoise, à motifs sur l’envers, si bien que lorsqu’elle dansait, les pétales de sa jupe dansaient avec elle, faisant d’elle le cœur d’une fleur. Son teint était d’un brun profond, qui luisait de l’huile d’amande douce qu’elle s’appliquait religieusement chaque soir. Ses créoles d’or balançaient le long de son cou gracieux, tintant doucement à chacun de ses gestes.
Elle traversa la pièce vers moi. Les miroirs à sa droite — qui tapissaient le petit studio de danse improvisé que mon père lui avait monté pendant les premières années de leur mariage — miroitaient, et son reflet sautait de l’un à l’autre tandis qu’elle approchait, contournant le piano à queue de l’autre côté de la pièce, une grande boîte blanche entre les mains. D’instinct, je tendis les bras pour la recevoir, une exaltation joyeuse montant en moi.
— J’ai quelque chose pour toi, dit-elle, rayonnante, passant les mains dans ses cheveux pour discipliner les boucles que la journée avait fait s’échapper.
L’esprit encore à demi prisonnier des rêves dont je venais à peine de sortir, je m’employai maladroitement à ouvrir la boîte, et y découvris un papier de soie délicat, d’un rose éclatant. Je levai les yeux vers elle, avec un sourire malicieux.
— Qu’est-ce que tu m’as apporté, maman ?
Avant qu’elle eût pu répondre, j’avais déjà écarté le papier pour révéler son cadeau. Une jupe, semblable à la sienne, mais d’un orange éclatant — couleur des soucis en plein soleil, et de l’esquimau à la mangue que j’achetais en rentrant de l’école. Des perles brillantes, multicolores, en ourlaient les bords, et, en dessous, courait un motif fleuri violet et bleu.
— Ah ! Il faut que nous dansions ensemble, maintenant ! s’écria ma mère, radieuse de partager mon ravissement.
Je dégringolai de mon perchoir, entraînant la jupe avec moi. Ma mère la souleva, l’enroula autour de mes hanches menues et la noua comme elle nouait la sienne — comme je l’avais vue faire tant de fois, en s’apprêtant pour la journée. Je riais, je pouffais en tournant sur moi-même, les pans de la jupe se soulevant avec moi, flottant comme des vagues à mesure que je tournoyais à travers la pièce. Ma mère battait des mains, ravie, et se mit à tourner elle aussi. Nous tournions — deux fleurs dansant l’une avec l’autre — les clameurs de la fête montaient jusque dans le studio, et cette douce odeur de chez moi m’emplissait l’esprit.