English
Apparently, we are fighting a ‘culture war’ in Britain. Ministerial speeches, tabloid columns, and flags zip tied to lampposts are subsumed into a broader narrative that presumes an inevitable trajectory of cultural erasure perpetrated by an Other.
Yet it is worth asking who, exactly, has the time to notice. It is unlikely to have registered with the striking Tate workers, some of whom have been pushed to trade the preservation of our cultural inheritance for the queues of food banks. It is even less likely to have been heard in the clubs, libraries and live music venues that make up our increasingly expendable cultural infrastructure. Berlin’s Berghain receives identical legal protection to the city’s museums and opera houses; in Britain, the purchase of a flat that postdates a club is an adequate justification to petition its closure.
And despite this, Britain’s national identity is routinely articulated through cultural reference. Shakespeare, Diana and the Queen, Vivienne Westwood, the Beatles – to name but a few: these figures transcend their individual cultural production. To invoke them is synecdochic of British identity. They shape a symbolic and intangible nationalism that derives meaning from shared cultural production.
This intangible nationalism rests on continued production, because cultural meaning is not self-sustaining. Without renewal, the markers of identity stagnate. This is, in effect, the paradox of a contemporary cultural politics that finds itself oddly detached from its own material conditions: culture is essential to Britishness, yet the conditions for its continued production are systematically undermined. It is starkly ironic that as the Tate mounted a major exhibition of Turner and Constable, the former’s face circulating, indefinitely memorialised, on the twenty-pound note, money was precisely what had driven its workers to strike. There is of course an asymmetry, as far as reverence is concerned, between Turner and those who preserve and interpret his works, and it suggests that cultural value is retrospectively assigned.
Elsewhere in London, tourists file past guards in bearskin hats and scarlet tunics in search of a red telephone box, fetishising the anachronistic aesthetic fragments that they pose in front of. The phone box, naturally, has long relinquished its original function and it now stands as a part of our retrospectively curated national iconography. Such preference for preservation starts to undermine Britain’s intangible nationalism because presented as a static inheritance, it fails to generate a national self-image from the realities of the present. To that end, its ability to sustain collective identity is diminished alongside our cultural production.
The space ceded by intangible nationalism encourages a retreat to a more tangible form of nationalism that attempts to fashion borders and sovereignty as substitutes for cultural meaning. It is a transition that reflects the subversion of intangible nationalism itself insofar as collective identity is no longer articulated by what is created but by what is defended and excluded. This is what predicates the ‘culture war.’ Ironically, tangible nationalism perpetuates the retrospectivity of the intangible nationalism that it replaces. Though the near antithesis of cultural production, protection from external influence becomes virtuous, notwithstanding that at no point has culture been independent from exchange and appropriation. It further anchors the definition of Britishness in the past and forces a rigid frame on any new cultural production that seeks to exclude production with external influence from British culture.
Put more fundamentally, restricting what counts as British does not generate Britishness, because land and borders have no intrinsic meaning. They acquire significance only through the collective practices of production and interpretation. In this way, contemporary nationalist discourse is engaged in a search for meaning that can only culminate in the meaningless, as preservation, perhaps mistaken for creation, hollows out the very thing it claims to protect.
The irony is thus complete. In attempting to defend national identity through tangible means, the decline of the cultural practices that once gave that identity meaning is accelerated.
In no sense does this mean that national identity shouldn’t be contested – in fact it should be contested, influenced and continually remade – but it cannot be a boundary to enforce. Any culture war that ignores this is impossible to win, because it was never about culture in the first place.
Français
La culture et une apparante guerre impossible à gagner
Apparemment, nous menons une « guerre culturelle » en Grande-Bretagne. Les discours ministériels, les chroniques des tabloïds et les drapeaux attachés aux lampadaires au moyen de colliers de serrage se trouvent subsumés dans un récit plus large, qui présuppose une trajectoire inévitable d’effacement culturel perpétré par un Autre.
Il vaut pourtant la peine de se demander qui, au juste, a le temps de s’en apercevoir. Il est peu probable que cela ait retenu l’attention des travailleurs grévistes de la Tate, dont certains ont été poussés à troquer la préservation de notre héritage culturel contre les files d’attente des banques alimentaires. Il est encore moins probable que cela ait été entendu dans les clubs, les bibliothèques et les salles de concert qui composent notre infrastructure culturelle, de plus en plus considérée comme dispensable. Le Berghain, à Berlin, reçoit la même protection juridique que les musées et les opéras de la ville ; en Grande-Bretagne, l’achat d’un appartement postérieur à l’existence d’un club constitue une justification suffisante pour demander sa fermeture.
Et malgré cela, l’identité nationale britannique s’énonce régulièrement au moyen de références culturelles. Shakespeare, Diana et la Reine, Vivienne Westwood, les Beatles — pour n’en citer que quelques-uns : ces figures transcendent leur production culturelle individuelle. Les invoquer, c’est, par synecdoque, évoquer l’identité britannique. Elles façonnent un nationalisme symbolique et intangible qui tire son sens d’une production culturelle partagée.
Ce nationalisme intangible repose sur la poursuite de la production, car le sens culturel ne s’auto-entretient pas. Sans renouvellement, les marqueurs de l’identité stagnent. C’est là, en effet, le paradoxe d’une politique culturelle contemporaine qui se trouve curieusement détachée de ses propres conditions matérielles : la culture est essentielle à la britannicité, et pourtant les conditions de sa production continue sont systématiquement sapées. Il y a quelque chose d’ironiquement frappant à voir que, tandis que la Tate organisait une grande exposition consacrée à Turner et Constable — le visage du premier circulant, indéfiniment commémoré, sur le billet de vingt livres —, c’est précisément l’argent qui avait conduit ses employés à faire grève. Il existe bien sûr une asymétrie, en matière de révérence, entre Turner et ceux qui conservent et interprètent ses œuvres, et elle suggère que la valeur culturelle est attribuée rétrospectivement.
Ailleurs à Londres, des touristes défilent devant des gardes en bonnet de fourrure et tunique écarlate à la recherche d’une cabine téléphonique rouge, fétichisant les fragments esthétiques anachroniques devant lesquels ils prennent la pose. La cabine téléphonique, naturellement, a depuis longtemps renoncé à sa fonction première, et elle se dresse désormais comme un élément de notre iconographie nationale rétrospectivement mise en scène. Une telle préférence pour la préservation commence à miner le nationalisme intangible britannique parce que, présenté comme un héritage statique, il échoue à produire une image nationale de soi à partir des réalités du présent. Dès lors, sa capacité à soutenir une identité collective s’affaiblit en même temps que notre production culturelle.
L’espace abandonné par le nationalisme intangible encourage un repli vers une forme plus tangible de nationalisme, qui tente de faire des frontières et de la souveraineté des substituts au sens culturel. Il s’agit là d’une transition qui reflète la subversion du nationalisme intangible lui-même, dans la mesure où l’identité collective n’est plus articulée par ce qui est créé, mais par ce qui est défendu et exclu. C’est cela qui fonde la « guerre culturelle ». Ironiquement, le nationalisme tangible perpétue la rétrospection du nationalisme intangible qu’il remplace. Bien qu’il soit presque l’antithèse de la production culturelle, la protection contre l’influence extérieure devient vertueuse, alors même qu’à aucun moment la culture n’a été indépendante de l’échange et de l’appropriation. Cela ancre plus encore la définition de la britannicité dans le passé et impose un cadre rigide à toute nouvelle production culturelle, en cherchant à exclure de la culture britannique toute production marquée par une influence extérieure.
Plus fondamentalement encore, restreindre ce qui compte comme britannique ne produit pas de britannicité, parce que la terre et les frontières n’ont pas de signification intrinsèque. Elles n’acquièrent de sens qu’à travers les pratiques collectives de production et d’interprétation. En ce sens, le discours nationaliste contemporain se livre à une quête de sens qui ne peut aboutir qu’à l’insignifiance, puisque la préservation, peut-être confondue avec la création, vide de l’intérieur la chose même qu’elle prétend protéger.
L’ironie est donc complète. En cherchant à défendre l’identité nationale par des moyens tangibles, on accélère le déclin des pratiques culturelles qui donnaient autrefois un sens à cette identité.
Cela ne signifie nullement que l’identité nationale ne doive pas être contestée — au contraire, elle doit être contestée, influencée et continuellement refaite —, mais elle ne peut pas être une frontière à faire respecter. Toute guerre culturelle qui ignore cela est impossible à gagner, parce qu’elle n’a jamais porté sur la culture en premier lieu.